Les Incas : un empire jusqu’au centre du Chili

Les Incas ont étendu leur influence jusqu’au Sud de Santiago.

Les Incas gouvernaient depuis leur capitale Cuzco (Pérou actuel) les territoires de leur immense empire, le Tawantinsuyu. La province du Sud, appelée Collasuyu (ou Qulla Suyu), finit par s’étendre jusqu’au río Maule dans la région centrale de l’actuel Chili. À la fin du XVe siècle, tout le Nord du Chili passe donc sous la domination et l’organisation des Incas peu avant l’arrivée des Espagnols. Les principales ethnies conquises au Chili sont les Aymaras au Nord, les Diaguitas, les Atacameños et les Picunches plus au Sud. L’empire s’intéresse avant tout aux richesses minières du sol chilien : le cuivre du Nord, l’or et l’argent de la région centrale. Il impose son organisation socio-économique aux locaux, qui doivent travailler pour remplir les stocks et caisses de l’État inca, le tout associé à une comptabilité dont l’outil essentiel est le quipu, un assemblage de cordes à nœuds.

L’agriculture devient plus intensive pour nourrir tout ce monde, les techniques complexes d’irrigation s’imposent. Les chamans sont remplacés par les prêtres incas afin de vénérer les dieux de la création (Viracocha), du soleil (Inti), de la lune (Killa) et la Terre-Mère (Pachamama). Les Incas sont aussi de très bons ingénieurs et architectes : leurs routes sont modernes pour l’époque (Camino del Inca), leurs demeures en pierre solides. Le prestige social va de pair avec de beaux objets finement travaillés, en métal, en textile, en céramique, en plumes. L’empire inca est socialement et politiquement très hiérarchisé. La noblesse impériale rend compte à l’empereur et son gouvernement, afin d’asseoir la domination inca, elle crée des alliances par des mariages avec des enfants de caciques locaux. Affaibli par une guerre de succession et par les conquérants espagnols, l’empire inca s’effondre et finit par disparaître dans les années 1530.

La forteresse la plus australe laissée par les Incas subsiste au sommet du Cerro La Muralla, près de San Vicente de Tagua Tagua, dans la région de Cachapoal. Ce sont l’architecture et l’utilisation de pierres en bloc qui ont fait attribuer ce pucará aux Incas. Le museo de arte precolombino de Santiago expose notamment un quipu et des céramiques incas. Le Cerro El Plomo, dans la région métropolitaine de Santiago, était un important centre cérémoniel et la momie d’un enfant y a été retrouvée. C’est dans la cordillère plus au Nord et à plus de 6000 m, dans le parc national Llullaillaco, qu’ont été découvertes trois momies incas remarquablement conservées par le froid (elles se trouvent au musée d’archéologie de Salta, en Argentine). Dans le Nord, les villages quechuas et aymaras célèbrent toujours la Pachamama, pour remercier la Terre-mère des bienfaits de la nature, une tradition qui va bien au-delà et est antérieure à l’empire inca.

Ancien centre métallurgique diaguita destiné principalement à la fonte du cuivre, Viña del Cerro se situe à 15 kilomètres du village de Los Loros dans la province de Copiapo. Déclaré monument national en 1982, il s’agit de l’un des sites incas les mieux conservés dans le Nord du Chili. Il se divise en trois zones dont on peut observer les vestiges.

À l’entrée se situe le secteur administratif composé d’une plateforme rectangulaire délimitée par un mur de pierre. En son centre se trouve une construction dont les caractéristiques indiquent qu’il s’agit d’un établissement administratif de contrôle.

Le secteur des habitations comprend six pièces réparties en trois espaces. Ces dernières sont disposées autour d’un patio central, ou cancha, utilisé pour le broyage des minéraux. Les excavations menées sur le site ont permis de retrouver, entre autre, des pierres à moudre, des creusets et des moules utilisés pour la fonte, ainsi que des objets en cuivre et en céramique.

Au niveau du secteur de fonte  on distingue les fondations circulaires qui composaient les 26 fours, ou huayras. Ces derniers étaient activés à la seule force du vent et le combustible utilisé était le charbon.