Le huaso et les chevaux du Chili: la culture du rodéo

Le Huaso, le cavalier chilien

Le Huaso

Ce terme désigne l’homme se dédiant à des travaux agricoles, et vivant dans les régions fortement rurales comprises entre les régions du centre (Valparaiso) et celles du Sud du pays (région des lacs). Le huaso chilien peut se comparer au gaucho argentin ou au cowboy américain. Sa partenaire est appelée huasa. Les huasos sont un élément essentiel des défilés des fêtes du mois de septembre (mes de la patria), des fiestas et des spectacles de rodéo. Lors de ceux-ci, deux huasos à cheval doivent bloquer un bovin contre une barrière, reproduisant ainsi la pratique traditionnelle des vachers lorsqu’ils domptaient le bétail. De nos jours, ces démonstrations de force et d’agilité attirent des foules entières et sont considérées comme un art rigoureux, évalué et noté par des jurys. Dans la danse de la cueca, le huaso désigne le partenaire masculin de la danseuse, elle-même appelée china.

Les vêtements portés par le huaso et la huasa diffèrent selon les circonstances.

Les costumes d’apparat

Lors de fêtes, de défilés ou de représentations, le couple porte une tenue formelle et élégante. Le huaso est alors appelé « huaso de parqué », en référence au plancher des salons de danse. Il porte un chapeau noir de coupe catalane, une ceinture, une chemise blanche ou à carreaux, une veste courte noire ou blanche, un pantalon grisé et des bottes noires. Il orne son costume d’une cape à larges bandes de couleurs et d’accessoires de monture : les polainas ou corraleras (protection en cuir sur les jambes), et des éperons. Sa compagne, appelée huasa de fiesta ou huasa de parqué, porte le ropón, costume de style catalan composé d’une jupe longue, généralement noire et parfois orné de volants ou de frises, et d’un chemisier blanc. Elle chausse des bottes noires et porte un chapeau semblable à celui de son partenaire. Pour danser la Cueca, tous deux portent un foulard à la main, accessoire indispensable pour la danse traditionnelle du Chili.

Les vêtements de travail

Lorsque le huaso et la huasa ne sont pas en représentation, ils revêtent des habits beaucoup plus simples et adaptés au travail agricole de tous les jours. Le huaso porte un chapeau de paille (chupalla), une chemise, un pantalon foncé, des sandales en cuir ou en caoutchouc, un poncho rectangulaire en laine et des accessoires de monture, comme des éperons ou une boucle de ceinture. Il porte un fouet et un couteau de type corvo ou parralino (de la ville de Parral, région du Maule), accrochés à la taille. La huasa traditionnelle, revêt quant à elle une robe à fleurs de couleur vive avec un tablier blanc en dentelle. Elle porte les cheveux relevés en chignon et des chaussures à talon carré.

Estancias, fondas et haciendas, lieux de vie des huasos

L’Estancia

Ce terme est essentiellement utilisé en Patagonie, mais également dans d’autres régions d’Argentine et du Chili, pour désigner une exploitation agricole. Elle peut inclure des habitations, des silos, des stabulations, des écuries et se rapproche ainsi de l’hacienda mexicaine ou du ranch américain. Sous la domination espagnole, l’estancia faisait référence au lieu de campement des soldats.

																	  																  

La Fonda ou Ramada ou Chingana

Au Chili, la Fonda désigne un local provisoire ouvert pendant les Fiestas Patrias du mois de septembre, servant tout à la fois de lieu de vente d’aliments et de boissons, ainsi que de lieu de danse. Toute la population s’y retrouve pour fêter ensemble la fête de l’indépendance du Chili. Elle était à l’origine construite en matériaux naturels, avec des branches de palmiers et un toit en roseaux. Depuis le XIXème siècle, l’obtention d’une licence est obligatoire pour son ouverture. La majorité des fondas se situent dans le parque O’Higgins à Santiago. Chaque année, le Président de la République choisit ce lieu symbolique pour donner le coup d’envoi des célébrations des Fiestas Patrias. Pendant longtemps cet événement avait lieu dans la fonda la Grandiosa Bertita, depuis peu c’est la fonda Iorana qui reçoit cet honneur.

Hacienda ou Casa Patronale

Il s’agit au Chili de constructions rurales d’architecture simple et sobre, élaborées à partir de 1650 avec des matériaux propres à chaque région. Le patio, au centre de l’hacienda, est totalement fermé par plusieurs bâtiments. Des centaines de personnes (employés, esclaves, locataires etc.) cohabitaient sous les ordres des propriétaires.

Les chevaux chiliens, compagnons du huaso

El caballo chileno

Les chevaux furent introduits en Amérique en 1493 lors du second voyage de Christophe Colomb depuis l’Espagne. Ces chevaux étaient de sang espagnol et composés principalement de trois races: castillane, andalouse et Jaca et Rocín.

Les premiers chevaux, 75 étalons et juments, furent introduits au Chili en 1540 lors d’une expédition menée par le conquistador Pedro de Valdivia, depuis le vice-royaume du Pérou jusqu’au désert d’Atacama. D’autres expéditions suivirent et complétèrent ce troupeau. En 1544, le père Rodrigo Gonzalez Marmolejo fonda le premier élevage de chevaux du pays. En 1893, un groupe d’éleveurs créa le registre du caballo chileno, premier registre de cheval d’Amérique du Sud. Tour à tour utilisé en zones rurales pour l’agriculture et le bétail, mais aussi lors de guerres, le caballo chileno reflète l’histoire et la géographie de son pays. Le besoin de chevaux agiles face à un relief très accidenté et montagneux, résistants pour les travaux agricoles, et de bons cavaliers pour affronter les nombreuses guerres avec les troupes Mapuches imposa une certaine excellence.

Le caballo chileno est réputé pour être la meilleure race d’Amérique du Sud, exportée dans tout le continent, y compris dans les cours royales en Europe. Au XIXe siècle, les effets de la révolution industrielle, ainsi que l’avènement des chemins de fer et de l’automobile réduisirent l’importance du caballo chileno comme moyen de transport. L’introduction de races de chevaux spécialisées le remplaça également dans les montures et attelages de carrioles et de calèches.

Heureusement, le rodéo chilien, en plein essor à cette époque, replaça le caballo chileno au centre de la tradition équestre chilienne. En effet, clin d’œil de l’histoire, seuls les chevaux de race chilienne sont habilités à participer aux concours.Il est aujourd’hui un cheval mis en valeur lors des spectacles de rodéos, durant lesquels la pureté de la race est évaluée et honorée par des jurys. L’obtention d’une reconnaissance, le sello de raza, contribue à augmenter considérablement la valeur d’un cheval. De nos jours il existe environ 7 000 éleveurs de caballos chilenos dans le pays, travaillant tous pour créer le meilleur cheval de rodéo.

Le caballo chileno est docile et athlétique. Agile, résistant et de taille moyenne (1.40 m en moyenne), il possède une musculature idéale pour la vitesse et pour évoluer en zones montagneuses. Grâce à sa peau très épaisse et sa double couche de poils, il peut s’adapter aux climats froids aussi bien que chauds et secs. Ses couleurs sont diverses, son crin est particulièrement abondant, épais et ondulé.

El criollo chileno

Depuis les années 2000, le caballo chileno a été croisé avec d’autres races de chevaux d’agriculture de pays voisins, pour créer le cheval criollo chileno. L’incorporation du caballo chileno est utilisée pour améliorer la race des criollos argentins, uruguayens et brésiliens.

El caballo chilote ou mampato

Il s’agit d’une race de type poney, caractéristique de l’archipel de Chiloé. De petite taille, jusqu’à 1,25 m de hauteur au garrot, le caballo chilote possède plusieurs couleurs, généralement marron ou blanche. De profil rectiligne ou convexe, il a de grands yeux et des petites oreilles. Il est apprécié pour sa gentillesse, son pas sûr en terrain accidenté et sa capacité à transporter de lourdes charges malgré sa petite taille.
Le caballo chilote doit sa particularité au fait que l’île de Chiloé demeura séparée du Chili de 1598 jusqu’à son annexion en 1826, avec de fait peu de croisements de race. Il est aujourd’hui un fidèle compagnon de transport dans des zones marécageuses ou rocailleuses, et sous un climat froid et pluvieux.
Depuis 1999 l’état chilien le reconnaît en tant que race, avec 450 chevaux recensés au registre. La plupart des éleveurs de caballo chilote se situent dans la région des lacs.