Histoire du vin au Chili

De l’arrivée des premiers ceps avec les conquistadores au succès mondial du vin chilien.

La vigne est arrivée au Chili au XVIe siècle avec les colonisateurs espagnols et les ordres religieux, qui avaient besoin de vin de messe. Le premier cépage est semble-t-il le païs, planté dans la vallée de l’Elqui près de La Serena et aujourd’hui inconnu en Europe. Le grand développement du vignoble chilien après l’indépendance du pays est, quant à lui, fortement lié à la viticulture française. C’est de France qu’ont été importés les ceps (cabernet sauvignon, merlot, sauvignon blanc, chardonnay…) pour élaborer du vin plus fin au XIXe siècle et des méthodes françaises que se sont inspirés les viticulteurs chiliens. À noter également que l’Europe est affectée dans les dernières décennies du XIXe siècle par l’un des grands fléaux de la vigne: le phylloxéra. Protégé par les Andes d’un côté, le Pacifique de l’autre, le Chili est épargné et reste l’un des rares pays à avoir conservé des ceps préphylloxéra non greffés, donnée qui servira d’argument marketing à certains producteurs. Cette épidémie a poussé les Bordelais à délaisser un cépage, le carménère, qui deviendra une originalité chilienne seulement à la fin du XXe siècle car il était auparavant identifié comme du merlot.

Au fil du temps, les techniques se modernisent et le vignoble a trouvé un bon terroir dans le centre du Chili, grâce à sa topographie et à son climat. Néanmoins, le pays est peu peuplé et les Chiliens ne sont pas de très grands consommateurs de vin. Les viticulteurs s’intéressent donc très tôt à l’exportation, contrairement à leurs voisins argentins. Un grand pas est franchi à partir des années 1970-1980: des investissements sont réalisés, des œnologues recrutés, le rapport qualité/prix est bon, la notoriété en hausse. Résultat: le Chili s’impose comme l’un des principaux pays producteurs (10e mondial en 2008) et exportateurs mondiaux (5e en 2008). Plus récemment, la vogue des vins du Nouveau Monde en Europe a permis aux Chiliens de garder une bonne place dans les ventes.

En 1995, une loi a créé les appellations d’origine (« denominación de origen »), permettant ainsi au consommateur de mieux s’y retrouver. Lorsque le lieu, par exemple Colchagua, figure sur l’étiquette, cela signifie qu’au moins 75 % du vin provient de cette région. Cette proportion minimum vaut aussi pour le cépage et le millésime. En revanche, les qualificatifs comme « Reserva », « Gran Reserva » ou autres ne sont pas encadrés et donc à discrétion du producteur.

En 2007, le vignoble couvrait 117 558 hectares (sans compter la superficie destinée au vin de table et au pisco), dont les trois quarts en cépages rouges. La production de vin en 2009 a atteint presque 1,19 milliard de litres, dont 859,3 millions avec dénomination d’origine, en grande partie vendus à l’étranger. Les producteurs de vin chilien exportent principalement au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada, aux Pays-Bas, au Brésil. Et ils se concentrent aujourd’hui sur les pays qui découvrent le plaisir de boire un bon verre de vin: la Chine, l’Inde et la Russie.