La fiesta de la Vierge Carmen de la Tirana

À l’approche du 16 Juillet, Tirana se prépare à célébrer la vierge Carmen. Cette fête traditionnelle attire chaque année des centaines de milliers de personnes.

La Tirana est un petit village de 800 habitants situé dans la région de Tarapacá, au cœur de la pampa del Tamarugal, à 72 km d’Iquique. Selon les légendes locales, les origines de ce village remontent à la conquête espagnole.

À l’époque où le conquistador espagnol Diego de Almagro découvrit cette partie du continent, il aurait capturé lors de son passage à Cuzco le prince Inca Huillac Huma et sa fille Ñusta Huillac.

Lorsque l’expédition arrive dans la pampa de Tamarugal, un grand nombre de captifs, dont Ñusta Huillac et son père, parviennent à s’échapper et se réfugier dans un bois de tamarugos (arbre endémique du Nord chilien). Afin de rétablir le pouvoir de son peuple, la princesse inca prend alors les armes et organise une rébellion, connue sous le nom de Tirana del Tamarugal.

Cependant, elle fait un jour la rencontre de l’explorateur portugais Vasco de Almeida. Ils tombent immédiatement amoureux l’un de l’autre et il la convainc de se convertir au christianisme afin que leur amour puisse perdurer après la mort. Les deux amants sont découverts par des natifs lors de la cérémonie de baptême et sont exécutés pour cette trahison.

Lorsque le moine Antonio Rendon découvre les deux croix commémoratives dans le village de la Tirana au XVe siècle, il est ému par cette histoire et fait bâtir une chapelle en hommage à la vierge Carmen de la Tirana.

La célébration de cette vierge devient alors une fête majeure dans les traditions communautaires des mineurs, des ouvriers et des salpêtriers qui travaillent dans la région de Tarapacá, lorsque celle-ci appartenait encore au Pérou.

En 1884, lorsque le Chili remporte la guerre du Pacifique contre la coalition de la Bolivie et du Pérou, il annexe la région d’Antofagasta antérieurement bolivienne, ainsi que les régions de Tarapacá et d’Arica, alors péruviennes.

Pour favoriser la chilenisation des populations conquises, le pays inscrit la célébration de la vierge Carmen de la Tirana le 16 août dans le calendrier des fêtes religieuses chiliennes. Celle-ci est mentionnée comme la sainte patronne de l’armée chilienne.

Aujourd’hui, la Fiesta de la Tirana est sans conteste la fête la plus importante du Nord chilien, et la plus populaire du pays après la fiesta del Rosario de Andacollo. Chaque année, durant la semaine de festivités qui encadre le grand jour de la célébration, des centaines de milliers de pèlerins et voyageurs convergent vers la Tirana pour assister à ce spectacle exceptionnel.

Plus de 200 confréries de danseurs religieux chiliens, péruviens et boliviens viennent parader dans les rues de la Tirana au rythme des musiques et des danses traditionnelles, en arborant fièrement les couleurs et les déguisements propres à leur confrérie. Les fidèles chantent des cantiques et des refrains hérités des mineurs et des ouvriers au fil des siècles.

Enfin, le 16 juillet, lorsque la chapelle du village sonne les douze coups de minuit, des feux d’artifice illuminent le ciel et la fête atteint l’apogée de sa ferveur. La messe d’Eve est alors prononcée en l’honneur de la vierge del Carmen, et la foule continue tambour battant les festivités.

Une semaine plus tard, les pèlerins se rendent cette fois dans la capitale régionale, la ville d’Iquique. Outre la messe et les temps forts religieux, les groupes de danseurs et les festivités populaires rythment la fête.

Nous recommandons vivement aux voyageurs qui auraient la chance de se trouver dans la région du 12 au 17 juillet d’aller passer quelques jours dans le village. L’expérience est inoubliable !