Eduardo Frei Ruiz-Tagle : le Président des années 1990

Cet homme politique chilien fut président de la république de 1994 à 2000.

Quatrième des sept enfants de l’ex-président Eduardo Frei Montalva (1694-1970) et de María Ruiz-Tagle, Eduardo Frei est né le 24 juin 1942 à Santiago. Cinquante deux ans plus tard il assumera la charge de président du Chili, succédant ainsi à Patricio Aylwin Azócar. Il épouse Marta Larraecha le 30 novembre 1967, avec laquelle il aura 4 filles. Ses études primaires et secondaires, il les effectue à l’Institut Luis Campino puis obtient un diplôme d’ingénierie civile à l’Université du Chili, se spécialisant en Hydraulique. Par la suite, il réalise des études spécialisées en Administration et technique de gestion en Italie.

De 1969 à 1988 il va travailler pour l’entreprise d’ingénierie Sigdo Koppers, ce qui lui apprend l’importance du travail en équipe et la nécessité de former des cadres techniques en vue d’une gestion efficace. Lorsqu’il quitte cet emploi, il affirmera avoir vendu sa participation à l’entreprise afin de se consacrer totalement à la politique. Sa carrière politique commença pourtant bien avant, lorsqu’il s’inscrivit aux registres du Parti Démocrate Chrétien (PDC) en 1958, que son père avait fondé un an auparavant. Durant ses études, il sera leader étudiant et participera activement à la campagne présidentielle de 1964 qui propulsa son père à la présidence de la république. Après la mort, sans doute par assassinat, de son père en janvier 1982, il participe à la création de la Fondation Eduardo Frei Montalva, une institution politique et académique qu’il va présider jusqu’en 1993.

Pendant le régime militaire, Frei sera l’un des fondateurs du Comité pro Elections Libres, et il fera campagne pour le Non au plébiscite convoqué par le général Pinochet en octobre 1988. En 1989, il se présente comme candidat au poste de sénateur pour la circonscription de la Région Métropolitaine orient, mais aussi aux élections présidentielles et parlementaires, étant élu avec la première majorité nationale. Dans l’exercice de sa fonction parlementaire à la Chambre Haute, il va présider les commissions du Trésor et du Budget ainsi que celle du Logement.

En novembre 1991, les militants démocrates-chrétiens vont l’élire président du PDC avec plus de 70% des voix, et en décembre 1992 il est proclamé pré-candidat à la présidentielle devant la Concertation des Partis pour la Démocratie (CPPD). Cette coalition gouvernementale intégrait également le Parti Socialiste (PS), le Parti pour la Démocratie (PDD), le Parti Radical (PR) et le Parti Démocratique de Gauche. Lors des primaires de la CPPD organisées le 23 mai 1993, Frei bat le candidat socialiste Ricardo Lagos en obtenant 64% des suffrages faisant de lui le candidat à la présidence de la république.

Le 11 décembre 1993 il est ainsi élu président de la république pour un mandat de 6 ans avec 57.9% des voix, la plus haute majorité de l’histoire du Chili. Il va assumer la charge de président le 11 mars 1994 succédant au chrétien-démocrate Patricio Aylwin. Frei va se dédier à 6 tâches prioritaires pendant son gouvernement : impulser une réforme du système éducatif, améliorer les infrastructures du pays, initier une réforme de la justice, protéger la famille en promulguant des lois favorisant son caractère de noyau fondamental de la société, rendre compatibles une politique économique de croissance et une politique équitable, renforcer l’ouverture économique en réinsérant le pays au sein du commerce international.

C’est ainsi que durant sa présidence furent réalisées quatre avancées importantes : la Coopération Economique Asie-Pacifique (APEC), que le Chili intégra en novembre 1994, le Traité de Libre Commerce des États-Unis, Canada et Mexique (TLCAN) qui formula un accord de principe à l’adhésion du Chili en décembre 1994, le Traité de Libre Commerce avec le Canada, le Mexique et les pays d’Amérique Centrale et le Marché Commun des pays du Sud (Mercosur ), l’entreprise la plus avancée d’intégration régionale à l’échelle du continent. De la même manière, Frei fut l’hôte du VIe sommet Ibéro-américain et du deuxième sommet des Amériques organisés à Santiago respectivement en novembre 1996 et avril 1998. Lors du 1er sommet Amérique Latine-Caraïbes-Union Européenne qui eut lieu à Rio de Janeiro en juin 1999, Frei donna son accord à l’intégration du Chili à la zone de libre échange entre l’Union Européenne et le Mercosur prévue pour 2003. Une décision de grande importance si l’on prend en compte que le seul marché de l’Union Européenne représentait un quart des exportations chiliennes en 2010.

La fin du mandat de Frei fut monopolisée par l’arrêt à Londres de Pinochet en octobre 1998, puis, son extradition en Espagne où il fut remit à la justice du pays qui le réclamait pour violation des Droits de l’Homme lors de sa dictature. Tout au long du processus, Frei opta pour l’arrangement direct avec les pays impliqués comme le montre la proposition d’un arbitrage international ou la pétition pour la remise en liberté de l’accusé pour raisons médicales. Ainsi la décision du ministre de l’intérieur britannique de libérer Pinochet pour raisons humanitaires en janvier 2000 fut un soulagement pour Frei qui avait promis le retour de l’ex-dictateur avant la fin de sa présidence. Le 11 mars 2000, Frei remet la présidence au socialiste Ricardo Lagos. Comme le stipule la constitution, l’ex-président se convertit en sénateur à vie, charge qu’il occupa jusqu’en mars 2006 lorsqu’il redevint sénateur élu démocratiquement et président de cette même chambre. Début 2010, il perd l’élection présidentielle face à l’entrepreneur Sebastián Piñera.