Découverte et exploration de l’Antarctique

Les premières évocations d’une région antarctique remontent aux philosophes grecs, qui avaient établi que la Terre était une sphère et que, par conséquent, il devait exister une grande masse de terre dans le pôle Sud qui équilibrerait les terres déjà connues du pôle Nord. La constellation boréale Arktos – La Grande Ourse -, étant déjà connue de ces philosophes, ils baptisèrent ces terres du sud Antarktos. Même s’il s’agissait d’une supposition complètement théorique, Antarktos demeura sur les cartes latines pendant deux millénaires, sous le nom de Terra Australis Incognita (Terre Australe inconnue).

Les premiers explorateurs

Le navigateur français Yves-Joseph de Kerguelen-Tremarec effectua deux voyages dans l’Antarctique, où il découvrit des îles par la suite baptisées îles Kerguelen. Il ne put pas y débarquer mais il aperçu un paysage sans faune ni flore.
Il faudra attendre 1776 pour que le capitaine anglais James Cook accoste sur ces îles qu’il surnomma dans un premier temps « îles de la Désolation ».
C’est aussi à cette période, en 1675, que l’on aperçu pour la première fois une terre située dans l’océan Austral, la Géorgie du Sud, depuis un vaisseau marchand faisant route de Lima jusqu’à Londres.
À cette période, de nombreuses îles péri-antarctiques apparurent sur les cartes, notamment :
île Gough, île péri-Antarctique britannique l’île Gough en 1505
île Amsterdam, île péri-Antarctique française l’île Amsterdam en 1522
îles du Prince Edouard, îles périantarctiques d'Afrique du Sud Les îles du Prince Edouard en 1663
Le Capitaine Cook à bord des navires HMS Resolution et HSM adventure fit le tour du cercle Antarctique en 1773 sans le savoir, avant son arrivée en Géorgie du Sud le 17 janvier 1775. C’est de cette troisième et dernière expédition du capitaine Cook que découlèrent les découvertes de la Géorgie du Sud (que l’on peut visiter avec un circuit en Antarctique), des îles Sandwich ainsi que des populations de phoques sur ces mêmes terres.

La période des chasseurs de phoques

La période qui suivit ces découvertes fut celle des commerçants de peaux et d’huile de phoque qui ne cessèrent d’affluer, notamment depuis les États-Unis et l’Europe, pour exploiter les phoques des îles Sandwich et des îles Shetland du Sud.

Ainsi, 27 ans seulement après le second voyage de Cook, ces commerçants avaient déjà fortement réduit les populations de phoques de Géorgie du Sud. De la même manière, suite à la découverte en 1819 des îles Shetland du Sud, plus de 40 bateaux débarquèrent au cours de la saison qui suivit, et plus de 90 bateaux en 1821-1822, pour exploiter la peau et l’huile des phoques. Seulement 3 ans après la découverte des îles, plus de 320 000 fourrures en peau de phoques et quelques 940 tonnes d’huile furent ramenées des îles Shetland du Sud. D’une manière générale, chaque découverte d’île amena sa population de phoques à être décimée en quelques années. Le 15 juillet 1820, Fabien Bellingshausen, à bord d’une exploration russe, découvrit les îles Raevski, et fut le second à effectuer une circumnavigation de l’Antarctique. Les années 1900 représentent un âge d’or pour le commerce de peaux, avec plus de 1200 voyages d’exploration. Cette quête du phoque poussera James Weddell plus au sud que tous les autres chasseurs, sur la mer qui porte aujourd’hui son nom.
Durant cette période, trois expéditions d’explorations scientifiques eurent lieu en même temps : une française entre 1837 et 1840, une américaine entre 1838 et 1842 et une britannique entre 1839 et 1843, plutôt dans une logique de compétition:
Expédition D'Urville, île Orkney, îles Shetland du Sud, île de l'Elephant, Terre d'Amélie Grâce à l’expédition française de Dumont d’Urville, les cartes des Orcades du Sud et les îles Shetland du Sud furent réalisées, ainsi qu’une partie de l’île de l’Éléphant. La Terre d’Amélie, du prénom de la femme de Dumont d’Urville, fut également découverte lors de cette expédition.
Expédition Wilkes, Terre de Wilkes, Est de l'Antarctique L’expédition américaine, dirigée par Charles Wilkes, découvrit la Terre de Wilkes, du nom de son capitaine, à l’Est du continent antarctique.
Expéitoion Ross, Terre Victoria, Barrière de Ross Enfin, l’expédition britannique menée par James Clark Ross, qui bénéficia de conditions particulièrement favorables, pu traverser la Mer de Ross. Les côtes de la terre Victoria purent ainsi être typographiée et le volcan du Mont Erebus découvert. Cependant, la progression vers le Sud fut stoppée par la barrière de Ross, plus grande barrière de glace de l’Antarctique. Les cartes publiées inclurent également le Cap Adare (entre la mer de Ross et l’océan Austral), l’île volcanique de Ross et le détroit de Mc Murdo séparant l’île de Ross du continent antarctique.

C’est avec la découverte de cette immense barrière de glace que fut lancée l’ère de l’exploration continentale de l’Antarctique.

L'époque des épopées polaires

La fin du XIXe siècle fut le début des voyages de reconnaissance pour les baleines dans l’océan Antarctique. Les dernières îles péri-antarctiques furent découvertes, comme l’île Scott en 1902, et les limites de l’Antarctique furent connues à cette période.
Au début du XXe siècle, quatre expéditions furent lancées pour la découverte de l’Antarctique, et pour effectuer des recherches scientifiques sur le continent.

Tout d’abord, l’expédition Discovery (1901-1904) du capitaine Robert Falcon Scott, avec également à son bord Ernest Shackleton, qui effectua lui aussi mais plus tard sa propre expédition, Endurance. Ils tentèrent tous les deux en vain d’atteindre le pôle, avec notamment des chiens, en 1902.

L’expédition allemande du Docteur Von Drygalski découvrit un peu plus tard de nouveaux territoires, la terre Guillaume II et le volcan Gaussberg. Cette expédition apporta de nombreuses informations scientifiques.
En 1901, Otto Von Nordenskjöld mena une expédition suédoise sur la mer de Weddell, mais le navire fut brisé par la glace et coula. Les hommes durent hiberner sur l’île Paulet, où ils furent secourus en novembre 1903. Les résultats de cette expédition se sont révélés très importants.

En 1905, une expédition française fut organisée par Jean-Baptiste Charcot et son travail se révéla très fructueux. À bord du Français, il découvrit notamment 1000 km de côtes, topographie 3 cartes marines, et posa 75 caisses d’observations. Une seconde expédition de Charcot eut lieu à bord du Pourquoi pas ? en 1908. L’expédition hiberna sur l’île Petermann et poussa les recherches très au Sud, dans la Baie Marguerite.

Ces expéditions de Charcot rapportèrent de considérables données scientifiques, dans le domaine de l’hydrographie, de la géologie, de la botanique et de la zoologie. Il fut aussi le premier à mettre en évidence les dangers de la surexploitation des baleines.

Un peu plus tard, l’expédition norvégienne de Roald Amundsen fut la première à atteindre le pôle Sud, le 14 décembre 1911, 33 jours avant celle de Robert Scott le 17 janvier 1912, qui lui, n’en revint pas.

L'ère de la mécanique

De nombreuses expéditions de différentes nationalités furent actives entre la première et la seconde guerre mondiale. Toutes les inventions concernant l’industrie baleinière moderne furent norvégiennes et développées par Svend Foyn.

Les États-Unis mirent en place près de la baie des Baleines plusieurs stations appelées Little America. Les cartes et les chartes continuèrent de s’améliorer. Richard Evelyn Byrd, basé à Little America, apporta la preuve que les deux sections de l’Antarctique étaient reliées, et les scientifiques purent mesurer la profondeur de la glace. Ils découvrirent et topographièrent de nouvelles étendues de terres et cataloguèrent de nouvelles formes de vies.

Le premier vol au dessus de l’Antarctique eut lieu également à cette période, en 1935 exactement par Lincoln Ellsworth.

Juste après la guerre, l’Argentine, l’Australie, la Grande Bretagne, le Chili, la France, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud et les États-Unis établirent des stations d’hiver sur le continent ou sur les îles Antarctique. La plupart sont devenues aujourd’hui des stations permanentes.

En 1882-1883, douze pays organisèrent la première Année Polaire Internationale (API) et établirent quatorze bases dans les régions polaires afin d’étudier le climat terrestre et le magnétisme. Ce fut un véritable succès. Un peu plus tard, une année géophysique internationale fut instituée. Plus de 50 pays  participèrent, et 40 stations scientifiques furent aménagées, dont 20 mises en place en Antarctique. C’est suite à cet événement qu’a été reconnue l’utilité de la coopération scientifique internationale, qui a amené les pays à établir un comité spécial sur les recherches antarctiques en 1958 puis l’année suivante aux négociations du Traité de l’Antarctique.