Le graffeur Inti Castro, ambassadeur des arts muraux au Chili

12 février 2013Culture et Patrimoine

Dans une interview au Santiago Times, l'artiste revient sur sa dernière création à Valparaiso, ville emblématique de cet art peu à peu reconnu.

INTI Castro à Valparaiso, ChiliInti Castro est un artiste graffeur à la renommée grandissante. Derrière ses airs d’homme décontracté et flâneur, il est tout de même l’auteur de centaines de graffs inscrits sur les murs des grands centres-villes d’Espagne, de France, de Norvège, des Etats-Unis et bien sûr du Chili. Il a notamment peint la façade d’un immeuble de plus de 47 mètres de haut dans le 13ème arrondissement de Paris.

Né à Valparaiso, c’est sur les murs de sa ville qu’Inti Castro s’essaye pour la première fois au graff à l’âge de 14 ans. Depuis ses premiers tags muraux il a fait beaucoup de chemin et aujourd’hui ses fresques, qui font parfois plusieurs dizaines de mètres de haut, sont très appréciées par les passants comme par les fins connaisseurs.

Ses travaux représentent souvent des personnages colorés, clowns ou idoles religieuses, et sont largement influencées par l’art précolombien dans les formes utilisées et les costumes représentés. Selon lui, ce qui le démarque des autres artistes-graffeurs européens est principalement son utilisation de la couleur. De ce point de vue, Inti Castro se sent particulièrement influencé par la culture brésilienne de l’art mural, où il y a  » une vraie liberté d’expression  » et où les artistes  » n’ont pas honte d’utiliser de la couleur « .

Son travail dénonce par ailleurs la pauvreté ou la violence qui règnent encore dans certaines régions du Chili. Dans ses œuvres, le chilien transmet ses messages par les images mais aussi par les mots, comme sur sa dernière réalisation à Valparaiso où se dessine en lettres violettes le slogan Resistencia # Terrorismo qui invite à la réflexion.

Fresque d'INTI dans le 13ème arrondissement de Paris

Inti, le Dieu-Soleil en langue quechua, est loin d’être le seul graffeur du Chili. La ville de Valparaiso notamment abrite un vivier de jeunes talents pratiquant cet art de la rue. Cette spécificité n’est pas un hasard mais est intimement liée à l’histoire de la ville. La culture du graff contestataire est née dans la cité lors de la campagne présidentielle de Salvador Allende en 1970. Lors de celle-ci, de nombreux habitants profitaient de la nuit pour écrire leur soutien au candidat sur les murs. Valparaiso devint dans la décennie suivante une terre d’accueil, où se mélangèrent le style des graffeurs venus des ghettos de New-York et les pensées d´universitaires français portant les idées de Mai 68.

La disposition de la ville est également décisive dans la pratique du graff qui est un art intimement lié aux lieux dans lesquels il s’inscrit. Adossée à flanc de colline et plongeant dans la mer, Valparaiso est une ville aux rues labyrinthiques qui impose aux artistes de créer des compositions complexes, par opposition à l’horizontalité que l’on retrouve habituellement dans les œuvres murales des autres grandes capitales. Une contrainte qui semble les inspirer et stimuler leur créativité.

Si officiellement le graff est aujourd’hui interdit à Valparaiso, les autorités, conscientes de l’attrait touristique qu’il peut avoir, ne se sont pas lancées dans une guerre contre celui-ci. Il est par exemple autorisé pour les particuliers de laisser leur façade de maison aux mains des artistes de rue pour y faire de superbes fresques colorées. La municipalité a également ouvert un  » Musée à ciel ouvert  » comprenant les œuvres de plusieurs artistes mondialement connus comme Roberto Matta, Francisco Mendez ou José Balmes. Mais difficile de créer un espace dédié à cet art par essence libéré de toute contrainte…

L’idéal reste de faire les deux : après votre visite au musée, vous pourrez découvrir ces peintures en vous promenant dans les rues de la Perle du Pacifique.

Pour découvrir les œuvres d’Inti Castro, n’hésitez pas à vous rendre sur sa page facebook.