Le parc Pumalín, un cadeau de 300 000 hectares offert au Chili

13 mai 2014Environnement

Le milliardaire américain Douglas Tompkins a annoncé le leg à l’Etat chilien de son parc naturel Pumalín situé au sud de Puerto Montt.

Douglas Tompkins, un amoureux de la Patagonie

Au premier abord, difficile de deviner que derrière cet homme de 70 ans à l’allure de professeur de mathématiques à la retraite se cache un milliardaire américain au parcours hors norme, fondateur des marques Esprit et The North Face.

Cet ex-skieur olympique connait bien la Patagonie et cela depuis longtemps. En 1967, il part à la conquête du Mont Fitz Roy avec l’alpiniste franco-canadien Yvon Chénard, fondateur de la marque Patagonia. Cette expédition représente la 3ème ascension du sommet depuis sa conquête en 1937.

Son amour pour la Patagonie le conduit à s’installer dans la Province de Palena dans la région d’Aysén, et à multiplier les projets de conservation d’espaces naturels.

De multiples donations à l’Etat chilien

Entre 1993 et 2005, l’entrepreneur acquiert plusieurs de ses propriétés à des fins de conservation.

Plusieurs fjords autour du volcan Melimoyu sont ainsi donnés au fil des ans au Chili pour l’inclusion au Parc national Isla Magdalena. En 2005, le président de la République Ricardo Lagos accepte le don de 300 000 hectares de forêts pour créer le Parc national Corcovado. Le Parc Yendegaia de 150 600 hectares, situé sur l’Isla Grande de la Tierra del Fuego, devient quant à lui propriété de l’Etat en 2014. Voisin du Parc national Tierra del Fuego en Argentine, dont il partage 52 km de frontière, il se veut être un « parc sans frontière », un « parc pour la paix » selon la volonté de Douglas Tompkins.

Un partisan d’une écologie radicale très actif en Argentine

Outre le Chili, l’américain possède de nombreuses terres de l’autre côté des Andes. En 1992, l’ONG Conservation Land Trust fondée par le milliardaire achète une réserve naturelle subtropicale située dans la région de Misiones. Cinq années plus tard, la réserve devient le Parc provincial El Piñalito, propriété de la Province de Misiones.

En 2002, un projet similaire en Patagonie argentine permet de léguer le Parc national marin Monte León aux autorités publiques, un espace naturel appartenant à lui et son épouse Kristine McDivitt Tompkins, Présidente de la Fondation Conservación Patagónica.

Par la suite, en mai 2013, Tompkins fait don à l’Etat argentin d’une estancia de 15 000 hectares afin d’élargir les limites du Parc national Perito Moreno.

En collaboration avec le milliardaire George Soros et l’Université d’Harvard, il mène par ailleurs le projet Iberá, une entreprise de conservation dont le but est d’étendre la propriété foncière et le renforcement de la protection des zones humides dans la province de Corrientes. La réserve naturelle Los Esteros del Iberá (« l’eau qui brille » en langue Guarani) est composée de 553 000 hectares de plaines inondables protégées. Conservation Land Trust achète 160 000 hectares de fermes d’élevage en bordure de la réserve naturelle afin d’y promouvoir l’agriculture biologique. Sa démarche est simple : acheter les unes après les autres les fermes d’élevage et les démanteler afin de rendre les terrains aux espèces en voie d’extinction. L’objectif selon le propriétaire terrien est de faire progressivement don de ses terres au gouvernement argentin afin d’y créer un grand parc national. Ce nouveau parc, qui totaliserait 700 000 hectares, serait le plus grand parc national en Argentine.

Douglas Tompkins se déclare « certain que Michelle Bachelet prendra ce don comme quelque chose de positif »

Aujourd’hui, c’est au tour du parc Pumalín d’être proposé en leg au gouvernement chilien. Bien que Michelle Bachelet n’ait pas encore donné son accord, il est probable que ce dernier soit bientôt entre les mains du gouvernement chilien.

Dans les années 90, Tompkins achète les terres qui forment aujourd’hui le Parc, afin de protéger les forêts australes au nord de Chaitén, entre la Cordillère et l’Océan pacifique. Déclaré sanctuaire de la nature en 2005 sous la Présidence de Ricardo Lagos, il abrite une zone écologiquement fragile et des alerces vieux de 3 600 ans. Il s’étend sur 300 00 hectares, et se compose de nombreux lacs et cascades. Des treks VTT, randonnée et kayak sont organisés par la Fondation Parque Pumalín qui propose notamment de partir à la découverte des glaciers et des thermes de la zone.

Si le Chili accepte le leg, la fondation ferait le lien dans l’accord entre le gouvernement et l’homme d’affaire, qui a la responsabilité de l’entretien et de la protection du Parc. Tout projet de mise en vente, notamment avec l’Argentine, est par ailleurs exclu.

Suite à l’éruption du volcan Chaitén, des travaux de plusieurs millions de dollars, payés par le propriétaire, ont dû être réalisés dans le Parc. Les zones touchées par le sinistre ont été totalement remises en culture et réaménagées afin de garantir l’accès au public. Douglas Tompkins a également joué les sapeurs-pompiers en aidant la communauté locale à éteindre l’incendie de l’estancia Chacabuco, dans la région d’Aysén, où 3 000 hectares avaient été détruits par les flammes.

La proposition de Tompkins , source de controverses

Mais le personnage de Douglas Tompkins est également controversé. Sur le Parc Pumalín en particulier, les habitants de Chaíten l’ont longtemps accusé de faire pression pour obtenir des terres arables dans le but d’agrandir son parc. En effet, la loi chilienne a longtemps permis aux étrangers d’acheter facilement du terrain. A cela s’ajoute le fait que les terres de Patagonie furent longtemps considérées comme répulsives, et que depuis les années 1990 le cours de la viande et de la laine, principales activités de la zone, ont chuté, entraînant la vente de nombreuses estancias.

D’une manière générale, ses détracteurs remettent en cause ses intentions réelles dans l’appropriation de terrains à des fins lucratives, tandis que ses supporters voient en lui un humaniste, qui utilise sa fortune pour protéger la nature en Patagonie, notamment en rachetant des exploitations déficitaires et en embauchant comme garde forestiers les ancien employés.

«Si les 10 000 personnes les plus riches du monde faisaient comme moi, on pourrait changer le monde»

Tompkins est aussi reconnu pour son militantisme auprès d’ONG environnementalistes, et notamment dans la lutte contre le projet HydroAysén, qui vise à installer des barrages hydroélectriques en Patagonie. Selon lui, «les centrales électriques font partie d’une technologie obsolète», et il rappelle les propos de la présidente Michelle Bachelet qui lors de sa campagne avait jugé le projet «ni viable ni bien pensé». S’il devait voir le jour, 180 hectares du Parc national Laguna San Rafael seraient inondés. Selon lui, l’exploitation des énergies doit être favorisée à proximité des industries minières, principales consommatrices de ressources, et l’énergie solaire doit être privilégiée afin de combler la demande énergétique du pays.

La protection des parcs naturels au Chili

Selon la Loi des parcs naturels ratifiée par le Chili, l’Etat se doit d’assurer la conservation et le maintien de l’état naturel pour l’utilisation et la jouissance par tous les citoyens de ces espaces protégés, de ne pas favoriser l’installation d’entreprises à moins que celles-ci ne soient génératrices de connaissances scientifiques spécifiques, et de soutenir le développement économique des régions dans lesquelles elles sont déployées afin de mettre en valeur ces territoires.

Aujourd’hui la CONAF (Corporación Nacional Forestal), organisme public chargé de la protection et de l’entretien des forêts au Chili, est propriétaire de 49 réserves naturelles et 37 parcs nationaux. Les forêts chiliennes représentent 22% du territoire, ou 17,3 millions d’hectares. Ce sont plus de 2,4 millions de visiteurs qui chaque année entrent dans un parc naturel chilien.

Pour plus d’informations au sujet des parcs naturels chiliens, https://www.chile-excepcion.com/guide-voyage/parcs-reserves