L’Eté des poissons volants : le conflit Mapuche sur grand écran

Avec L’Eté des poissons volants, Marcela Said signe un récit engagé avec, en toile de fond, le conflit entre Mapuches et Chiliens modernes.

L’Eté des poissons volants de Marcela Said

Du documentaire à la fiction

Après quatre films documentaires, dont les très remarqués I love Pinochet (2001) et El mocito (2011), la réalisatrice chilienne, Marcela Said, s’essaie à la fiction avec L’Eté des poissons volants. Présenté en 2013 à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, le film vient de sortir dans les salles françaises. Il raconte l’histoire vraie d’une jeune fille prise au cœur d’un conflit familial, sentimental et social dans le sud chilien, terre native des Mapuches.

Une adolescente entre deux eaux

Dans la région de l’Araucania, au sud du Chili, Manena (Francisca Walker), une adolescente déterminée et rêveuse, passe l’été dans la maison familiale. Son père, Pancho (Gregory Cohen), archétype du riche propriétaire terrien, ne consacre ses vacances qu’à sa seule et unique obsession : éliminer les carpes qui colonisent son lac. Peu sentimental vis-à-vis de la nature et complètement déconnecté de la réalité, Pancho emploie des méthodes de plus en plus extrêmes sans se soucier de leurs conséquences. Son arrogance et ses méthodes brutales suscite l’indignation des indiens Mapuches qui vivent à proximité. Alors que la violence monte inexorablement entre les deux clans, Manena vit ses premiers émois amoureux et se retrouve tiraillée entre sa famille, ses sentiments et sa conception du monde.

Le conflit Mapuche mis en lumière

Plus qu’une fable intrigante et poétique, L’Eté des poissons volants est une critique sociale de la bourgeoisie chilienne. Marcela Said y dépeint le conflit Mapuche : l’appropriation arbitraire des terres où vivaient les Indiens Mapuches par les propriétaires terriens chiliens. Elle y dénonce la violence utilisée par les classes sociales aisée pour protéger leurs intérêts ainsi que le désintérêt des autorités et l’immobilisme de la population chilienne. Cette violence n’est pourtant jamais montrée à l’écran. A travers la métaphore des carpes, Marcela Said pousse le spectateur à traduire le réel. Avec L’Eté des poissons volants, la réalisatrice aborde un sujet hautement politique qui nous rappelle que le Chili a derrière lui des années de dictature qui ont laissé des marques.

A propos de la réalisatrice, Marcela Said

Le film n’est pas s’en rappeler l’histoire personnelle de la réalisatrice. Née au Chili en 1972, Marcela Said a vécu la dictature militaire dans une famille aux idées politiques divergentes. Issue d’un milieu conservateur (son père était pro-régime), elle ne partage pas les idées de sa classe. Après avoir obtenu un diplôme d’Esthétique à l’Université Catholique de Santiago, elle part à Paris à 24 ans effectuer un Master en techniques et langages des médias à La Sorbonne. C’est ici qu’elle rencontre son mari et coréalisateur de Opus Dei (2006) et El mocito (2011), Jean de Certeau. Elle effectue alors ses premiers pas dans le milieu du film documentaire. L’Eté des poissons volants a été nominé dans de nombreux festivals et récompensé par le « Prix du syndicat de la critique » au festival de Biarritz Amérique Latine 2013.

L’Eté des poissons volants est en salles depuis le 23 avril. Voir la bande annonce.